Oui, l’ouvre sort plus belle
D’une forme au travail
Rebelle,
Vers, marbre, onyx, émail.

Point de contraintes fausses !
Mais que pour marcher droit
Tu chausses,
Muse, un cothurne étroit’.

Fi du rhythme commode
Comme un soulier trop grand,
Du mode
Que tout pied quitte et prend !

Statuaire, repousse
L’argile que pétrit
Le pouce,
Quand flotte ailleurs l’esprit ;

Lutte avec le carrare,
Avec le paros dur
Et rare.
Gardiens du contour pur ;

Emprunte à
Syracuse
Son bronze où fermement
S’accuse
Le trait fier et charmant ;

D’une main délicate
Poursuis dans un filon
D’agate
Le profil d’Apollon.

Peintre, luis l’aquarelle,
Et fixe la couleur
Trop
Iréle
Au four de l’émailleur.

Fais les sirènes bleues,
Tordant de cent façons
Leurs queues.
Les monstres des blasons ;

Dans son nimbe trilobé
La
Vierge et son
Jésus,
Le globe
Avec la croix dessus.

Tout passe. –
L’art robuste
Seul a l’éternité.
Le buste
Survit à la cité.

Et la médaille austère
Que trouve un laboureur
Sous terre
Révèle un empereur.

Les dieux eux-mêmes meurent,
Mais les vers souverains
Demeurent
Plus forts que les airains.

Sculpte, lime, cisèle ;
Que ton rêve flottant
Se scelle
Dans le bloc résistant !















 

***

Poèmes de Théophile Gautier

Théophile Gautier – The Poetry Monster


Pierre Jules Théophile Gautier
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